______J'aurais voulu la revoir, je n'en ai pas eu l'occasion. Je demeure immobile dans la nuit noire, pure. Je cherche le sommeil, en vain, il ne veut pas venir. Je n'y arrive plus. Et ça dure depuis six semaines, depuis l'accident...
Je me retourne dans le grand lit de la suite. La porte s'ouvre, je sais déjà qui est-ce qui s'avance. C'est Tom qui, depuis une semaine, s'entête à venir me voir pour me tenir compagnie ,car il sait que je ne dors pas, il le sait toujours. Il en profite, comme tout les jours depuis une semaine, pour me glisser quelques mots d'excuses, affichant un petit sourire navré qu'il essaye de ne pas trop amplifier pour bien me montrer sa culpabilité.
Je déteste quand il vient en pleine nuit, mais je ne veux pas le blesser, je sers donc les dents et me contente d'être agréable. Il s'assoit sur le bord du lit, je contient mal ma rage, je ne veux pas l'entendre gémir !Il m'énerve ,quand il adopte ce comportement. J'ai envie de la gifler, pour qu'il comprenne, juste une fois...Mais comme toujours je m'enfonce mes ongles dans les mains et me mords la langue, retenant une remarque très désagréable. Lui ouvre la bouche, prend son air désolé, et s'apprête à me dire ,pour ne pas changer, qu'il constate que je ne dors pas. Ses lèvres commencent à remuer, je bouillonne intérieurement, il amorce une phrase.
Seulement je lui coupe la parole, le stoppant dans sa lancée, en lui disant ,sur un ton amère :
« Arrête Tom, je ne veux plus que tu débarques dans ma chambre pour le dire une énième fois que tu es désolé. Tu m'empêches de respirer Tom. Alors s'il te plait, dégage et va brasser de l'air ailleurs. »Il s'est figé ,les mots suspendus à ses lèvres. Je l'observe, furibond, mais il ne bouge pas. Les minutes passent, et je continue à attendre une quelconque réaction. Réaction qui ne vient pas. Ma colère tombe quelque peu, je commence à m'inquiéter de son mutisme. Il fixe, absent, le mur d'en face. Seul son souffle régulier me prouve qu'il vit toujours.
Puis soudain, il semble analyser les paroles que je lui ai méchamment lancé à la figure. Il baisse la tête, se lève précipitamment, son regard ne s'attarde sur moi pas même une demie-seconde. Je peux néanmoins lire dans ses prunelles de la honte mélangée à de nombreux regrets. Il sors ensuite rapidement de la pièce et disparaît par la porte entrouverte.
Je me recouche, satisfait et seul. Mon esprit se remet à vagabonder entre les contours de la jeune femme des toilettes et Morphée qui ne veut pas m'emmener. Après maintes efforts pour me relaxer, je me sens enfin tomber dans les limbes du sommeil.
_______Il est neuf heures du matin, j'ai très mal dormi. Je me lève doucement, pour ne pas ressentir le tournis d'une action trop violente. Je me dirige vers le salle de bain, m'asperge le visage d'eau fraîche et constate le résultat d'une mauvaise nuit: des poches violettes cernent mes yeux et mon teint est pâle. Je soupire, c'est devenu ce que je préfère faire, soupirer. Dans la cuisine, personne. Un sourire de contentement s'inscrit sur mon visage, je n'aime pas qu'on me voit le matin, c'est encore pire que la journée, car je suis sans maquillage et ma cicatrise se voit encore plus. Je m'installe confortablement sur le canapé, un bol de café et la télécommande en main. Il n'y a visiblement aucune présence humaine dans la suite, tant mieux.
Je suis en train de m'abrutir tranquillement devant une émission de télé- réalité quand j'entends une porte s'ouvrir. Immédiatement mon cerveau se met en action et je saute sur mes pieds. Je m'apprête à m'enfuir dans ma chambre quand une voix me lance, solennellement :
« Bill, il faut qu'on parle ».
Je me retourne lentement, j'ai reconnu la voix grave qui m'a interpellée. Je ne veux pas lui montrer mon visage, il est trop horrible d'infliger cette vision affreuse de ma figure balafrée à quiconque même un ami très proche, je tourne donc la tête vers la cuisine, ne le regardant pas dans les yeux. Il soupire, je suis mal à l'aise, très mal à l'aise. Je n'ose toujours pas le regarder en face, il le remarque et me dit d'un ton doux, réconfortant, en détachant chaque mot :
« Bill, je sais que tu te sens mal depuis l'accident, nous nous sentons tous mal...Mais il va falloir que tu redeviennes sociable. Tom souffre que tu le méprises autant.
- Et c'est peut-être de ma faute si je suis défiguré ?!,je m'emporte.
- Non...mais il faut que tu saches que ce n'est pas comme cela que tu arriveras à faire avancer les choses. Parles moi si tu veux, dis moi ce que tu as sur le c½ur si cela peut te soulager., me répond –il calmement.
- A quoi cela servirait...de toutes façons je suis marqué à vie donc...Te parler ne résoudra rien dans l'absolu.
- Peut-être ,mais au moins tu n'auras plus de poids sur le c½ur.
-Oui ,mais je lui en voudrais toujours....
-Je le sais...Mais je voudrais que tu essayes au moins ...Tu n'as rien à perdre. S'il te plait...Fais le pour nous...Juste une fois, après on avisera...D'accord ? »
Un silence s'éleva dans la pièce, je relevais la tête et osai enfin le regarder dans les yeux. Il me fit un petit sourire de compassion, un de ceux que je déteste. Mon caractère coléreux et lunatique reprend d'instant le dessus et je le houspille :
« Arrêtes cet air désolé !!Tu vois c'est ça que je vous reproche. Ce misérable petit air navré qui se colle sur vos tronches dès que vous me voyez, cette irrésistible envie de me glisser un mot gentil et réconfortant dès que je passe près de vous. J'en ai rien à foutre de votre pitié! Mais vraiment rien !!!Moi je veux juste que vous considériez comme avant, comme Bill Kaulitz , ami et frère aussi !!!Je ne veux pas être traité autrement. Et c'est ça que vous vous permettez de faire depuis l'accident, me traiter comme un faible, une victime. Peut-être que je suis une victime, mais un faible, sûrement pas !!Je ne suis pas fragile, même si avec ma gueule j'en ai l'air... »
Il réfléchit quelque minutes, je me calme lentement, cela fait du bien de tout sortir. Je me sens enfin libéré d'un énorme poids. De nouveau un silence s'installe dans la pièce, mais cette fois ci, ce n'est pas un silence gêné, c'est un silence pleins de songes. Il me fait du bien. Georg prends la parole et brise ce silence qui pourtant n'est pas pesant :
« Merci Bill. Je parlerais aux garçons ce soir .
-Non Georg, merci à toi, de m'avoir enfin écouter, je n'ai pas vu l'air sur ta figure, cela me fait du bien. »Il me sourit franchement, et amicalement, sans aucune trace de pitié ou autre chose dans le genre. Je lui répond, le mien est, je pense, rayonnant de bonheur. Depuis six semaines, je suis enfin remis à ma juste valeur. Il n'y a rien de narcissique là-dedans, je suis juste redevenu moi, Bill Kaulitz , et un homme à part entière, non une victime.
Je tourne les talons et il me lance , moqueur :
« En tout cas, tu n'as pas perdu ta grande gueule ! »Je fais volte-face et lui décoche un coup de poing dans l'épaule, sa réaction me déconcerte quelque peu : il éclate de rire. Il me dit, rieur :
« Et bien c'est pas trop tôt de te retrouver ! »
Je lui tire la langue, son rire repart de plus belle et, de fil en aiguille, le mien se joint au sien. Nous restons comme ça, écroulés de rire, pendant une bonne dizaine de minutes, incapable de nous arrêter. Soudain nous entendons un cliquetis de serrure, et des bruits de portes. Ni une ni deux, je cours m'enfermer dans ma chambre à double tours. Georg a compris ma réaction et m'a crié, avant que je disparaisse dans mon antre que tout ira bien avant ce soir...Je prie intérieurement pour que cela soit vrai. Je m'affale de tout mon long sur mon lit, soupirant d'aise, car il est confortable. J'entends des voix, celles-ci me paraissent lointaine, comme si j'étais dans une bulle, et rapidement le sommeil m'emporte dans le pays des songes....
(A suivre....)
Après une longue absence me revoilà...
J'ai changé de manière de faire pour mes chapitres...
A vous de voir si ça vous plait^^
Allez je vous laisse et aimerais avoir vos avis rapidement car le chapitre suivant est déjà prêt...
Bonne soirée.